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05.06.2010 - 31.07.2010

Cathryn Boch |  « ent 10 12 9 lassen » | Galerie 

Vues d'exposition

Certains artistes peuvent œuvrer d’un jet, basant sur la vitesse d’exécution la garantie d’une spontanéité qui délivre l’œuvre de sa technicité laborieuse. A l’opposé,  il y a ceux – Cathryn Boch est de ceux-là – pour qui la genèse d’une œuvre ne saurait se faire sans en multiplier les étapes. Il convient de ne pas s’enfermer trop vite dans une forme, il faut qu’une histoire se tisse, qu’une temporalité s’installe, que le dessin se révèle par strates à l’issue d’une lutte engagée avec des papiers souvent épais qui portent vite les stigmates des raclures, scarifications, ponçages, déchirures, piqûres, surpiqûres, assemblages... que l’artiste leur inflige comme pour en accentuer la fragilité. Un corps à corps s’instaure dont le papier fait les frais et dont le dessin, utilisé comme une arme, révèlerait la résistance imprévue. Un ponçage obstiné pouvant conduire ici au point d’usure extrême, mettant au jour une transparence inattendue ; lui donnant, là, le velouté sensuel d’une peau.


A ces traitements qui font du dessin un objet d’altération, s’ajoute une mise en couleur et en volume au moyen d’adjuvants tout aussi peu orthodoxes au nombre desquels figurent les glacis de lait concentré, les aplats de béthadine mêlés de gouache ou d’aquarelle, les rehauts de fils de coton DMC surpiqués, les pigmentations sucrées... créant une palette où s’exacerbent des tonalités fauves aux accents beuysiens et dont les matités prennent le pas sur les brillances.


Il y a dans les corps perdus, distendus, brisés, gémellaires, foudroyés, en chute ou en lévitation qui peuplent ses dessins, quelque chose de viscéral, d’organique, qui exprime à des échelles indifféremment microscopiques et macroscopiques, l’idée d’une métamorphose. C. Boch montre la vie avec tout ce qu’elle a d’hybride, d’usagée, de rapiécée, avec tout ce qu’elle contient de mort latente.


Les corps sont des continents en mutations, agités de soubresauts affectifs, de désirs dévorants, d’altérations brutales ou souterraines dont le dessin devient le révélateur. Figures évanescentes et cartographies se mêlent en de vastes constellations qui nous renvoient à la vacuité de l’existence, à l’accomplissement de la mesure d’une vie d’homme dans la démesure de l’immensité.


 


Sophie Costes. Conservateur du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Genève. (Octobre 2009)