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14.09.2019 - 26.10.2019

Alina Bliumis | On the land of Eagles | Galerie 

On the land of Eagles
Vues d'exposition

L'exposition On The Land Of Eagles d'Alina Bliumis, propose un voyage à travers les symboles et les identités nationales. La série Poems Without Borders met en abîme les slogans du tourisme mondial à travers des rimes à motifs. Amateur Birdwatching at Passport Control révèle l'imagerie symbolique cachée derrière les couvertures des passeports. L'artiste dessine des territoires avec les aquarelles allégoriques Maps Unleashed et nous dresse le portrait des animaux nationaux officiels dans la série Nature of Nations.


 


“I feel Slovenia, I need Spain, Fiji Me, Cameroon is back.” Les slogans du tourisme marketisent les pays d'une industrie sans cesse en expansion, elle-même alimentée par les compagnies aériennes low-cost. Des slogans suggestifs abstraits permettent aux touristes de s'inventer leurs propres idées des pays qu'ils veulent visiter. La série Poems Without Borders (2018-2019) met en scène les slogans touristiques officiels de quarante-huit nations à travers seize poèmes écrits directement sur les murs de la galerie tel un wall writing.


 


L'immigration et le tourisme sont les manifestations les plus significatives de la mondialisation, tandis que les migrants - qu'ils soient économiques, politiques ou environnementaux - sont régulièrement bloqués aux frontières, les touristes eux sont perpétuellement courtisés par les multiples plateformes commerciales et publicitaires. Alors que les pays façonnent leurs identités nationales pour se rendre plus attrayants vis à vis des touristes, ils se basent sur des définitions ethniques et culturelles pour renforcer les lois limitant l'immigration.


 


"Free as a bird" (libre comme l'air) nous ne le sommes sûrement pas. Pourtant l’oiseau est représenté sur les blasons des couvertures de passeports de quarante-trois pays. La série Amateur Bird Watching at Passport Control (2016-2017) présente ainsi quarante-trois travaux sur papier. De l'aigle à la colombe, de l'Albanie au Tonga, Alina Biumis a étudié toutes les couvertures de passeport existantes - 195 au total - à la recherche des oiseaux afin de les libérer de leur contexte national. Elle a tracé/dessiné chaque oiseau, fidèle à sa source, en se focalisant sur les caractéristiques de l'espèce. Les oiseaux, à l'intersection de la nation et de la nature, incluent : le fameux flamant rose sur un pied (Bahamas), un vautour en vol plané (Mali), un dodo incapable de voler (île Maurice), un coq avec une hache (Kenya) et une harpie : créature mythologique mi femme mi oiseau (Liechtenstein).


 


Mais les oiseaux ne sont pas les seuls animaux utilisés comme symboles officiels, tels : un ours brun, un renard fennec, un loup des Apennins, un macaque de Barbarie, une martre ou une chèvre. Nature of Nations (2019) est une série d’aquarelles inspirées de ces animaux et de leurs armoiries, mais aussi des frontières géographiques, du folklore et des stéréotypes. Les images qui en résultent sont : un oiseau de proie, un aigle chauve, libéré des armoiries des États-Unis et auréolé de deux branches d'oliviers. Un coq à deux têtes, séducteur, français qui flirte avec le spectateur. Un ours ailé c’est à dire la combinaison de deux pays : l'ours de l'Union Soviétique et l'aigle à bicéphales de la Russie contemporaine. Une chèvre portant une corne en forme d’épée représente l’Iraq


 


La série Nations Unleashed (2018-2019) est inspirée de la tradition historique des cartes satyriques, qui emploient le symbolisme animalier pour critiquer la politique et/ou pour couvrir les actions humaines dans certains théâtres de genre. Cette série comprend des aquarelles et des dessins au crayon sur papier sur lesquels un subtil bleu délavé côtoie des masses terrestres vaguement esquissées et peuplées d'une série d'animaux divers, chacun représentant une satire nationale. Les interprétations d’Alina Bliumis vont du littéral - tel l'aigle chauve américain - au fantaisiste - comme pour le lion à deux têtes scandinaves. Si ces cartes ne sont pas précises géographiquement, elles se rattrapent par leur humour et leur imagination, laissant ainsi la place à une interprétation ouverte du spectateur.


 


Les quatre séries de l'exposition examinent la formation de l'identité nationale : ses racines historiques et géographiques mais aussi son ambition géopolitique. Ces symboles sont souvent le reflet d'intérêts nationaux mais imaginons un seul instant que le congrès américain ait cédé à la volonté de Benjamin Franklin de choisir le dindon sauvage comme symbole national des États Unis, à la place de l'aigle chauve. Peut-on penser alors que la politique intérieure du pays et ses intérêts internationaux auraient été différents ?

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