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01.07.2017 - 02.09.2017

Hubert Marot | GOING-GONE | Galerie 

Vues d'exposition

On pourrait penser à une référence directe ici aux « images androgynes » de Michel Foucault tel qu?il les définit dans son texte La Peinture photogénique écrit en 1975 pour le catalogue monographique de Gérard Fromanger. Ces images qui combinent les médiums et les registres témoignent des relations libres entre photographie et peinture. C?est toute la substance du travail d?Hubert Marot dans son exposition GOING-GONE. Ses premiers cyanotypes conjuguaient déjà procédé photographique et rendu pictural. Ici, sa dernière série introduit la couleur comme élément variateur permettant le basculement du négatif vers la tâche. La couleur, au rythme de son apparition, devient, petit à petit, le sujet.


 


Autour de cette Image reine dont les nuances se déclinent selon les temps de pose de l?émulsion liquide, s?organise un écosystème composé de céramiques dont l?émail a lui aussi tenu tête au temps. Elles figent dans la matière un état d?évolution, de dégradation. L?hybridité règne toujours, l?enjoliveur fond pour devenir une horloge, et les selles de scooter entaillées, rafistolées, deviennent, accrochées au mur, une série de masques anciens.


 


Il y a alors dans la technicité, dans l?invariable du résultat qui a séché, un procédé d?altération contenu et scellé. Si la matière revêt ses variations de couleurs, l?intention est tout entière focalisée sur le temps, ce qu?il permet, ce qu?il dilate, ce qu?il oublie. Dans ce travail de patience, un phénomène de ramollissement s?opère. Avant de se fixer, la matière s?est distendue, à la manière du chewing-gum en gros plan machouillé sur les impressions sur toiles, les céramiques se sont avachies à force de regarder le temps passer. Une structure métallique construite comme un abris-bus diffuse en boucle le clip de gars qui eux, ont la patience de frotter la carrosserie de leur voiture pour qu?elle brille, nous rappelant encore qu?il s?agit d?abord de faire passer le temps.


 


On se croirait un dans un film au ralenti, dont le disque aurait été réglé sur le mauvais nombre de tours. Il y a dans la dimension sérielle et dans la répétition des objets présents, les selles, les enjoliveurs, l?image, la même mécanique que dans le masticage d?un chewing-gum, la même fatalité, la même latence. Pourtant, ce qui sauve chacun de finir avalé par cette grande machine, c?est finalement l?i-reproductibilité à l??uvre ici. Dans « chaque temps est unique », il y a « chaque procédé est unique » et donc chaque résultat. La répétition ne prive pas l?image de sa singularité mais la fait varier au contraire dans son unicité par le geste car l?obsession de la reproduction est aussi l?obsession de son échec. Une mécanique outrageusement huilée.


 


                                                                                                  


Elisa Rigoulet

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